La culpabilité à poser ses limites
- schossonconsultance

- 13 oct. 2019
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 2 avr.
Comme de nombreuses personnes, je me sens souvent coupable. Les raisons ont évolué au fil des années, et il est, heureusement, possible de travailler ce sentiment pour y remédier, mais il me semble que cela a commencé par celle "d'être telle que j'étais" ou de "déranger l'autre" simplement par le fait d'être présente quelque part (...!).
Désormais, ma culpabilité émane plutôt de ne plus parvenir, ni d'avoir envie d'ailleurs, à m'adapter aux rapports de force, de dominant-dominé, et autres jeux d’ego, de victimisation, de manipulation, de mensonges et de pouvoir. Ils ont rythmé mon passé, j'ai pu m'en libérer en en comprenant les origines, ma responsabilité à les manifester, et je n'en veux plus.
La réalité dépasse souvent la fiction, j'ai très fréquemment reproduit le même type de schéma relationnel dans lequel des personnes au profil "contrôlant" m'ont imposé leur façon de faire contraire à mon intérêt, bien-être, organisation, ou à mes demandes. Certains m'écoutaient mais ne m'entendaient pas, ou me répétaient mes propos en oubliant instantanément qu'ils venaient de moi, d'autres me contredisaient pour finalement reprendre les bonnes idées à leur crédit (même si je me trouvais à côté), ou me considéraient à leur service, etc.. Je peux allonger les exemples sur quelques pages.
Professionnellement, bien que j'étais censée être contractuellement maître de mes actes, j'ai souvent dû être messagère ou médiatrice de décisions en désaccord avec mes choix, et rattraper les tâches ou les erreurs de certains, qui impactaient la coordination et qui ne plaçaient aucun effort pour y remédier.
N'ayant pas le besoin de compétition, j'ai accepté ces compromis au nom de l'esprit d'équipe, fait signer par d'autres des documents m'ayant demandé un engagement conséquent sans même le mentionner, travaillé deux fois plus pour répondre qualitativement à un volume de tâches et des deadlines intenables.
J'ai cautionné tout cela par habitude de respecter les relations hiérarchiques et de ne pas vouloir me considérer, satisfaite de rester dans l'ombre d'une soi-disant "humilité quant à mes valeurs et efficacité" en me disant que la vérité et la justice émergeraient bien un jour.
Jusqu'à ce que l'épuisement extrême décide de ma vie, qu'une personne fit barrage à mes dossiers pour en transmettre des incohérents, sans raison explicite, qu'une autre, pour qui j'avais pris un temps déraisonné pour l'écouter et la former car le doute d'elle-même la paralysait, assura du contraire et s'appropria à nouveau un pan de mes rendus, et qu'un fournisseur vint me menacer sérieusement suite à une commande impayée puisqu'elle avait été passée hors procédure, hors budget, hors besoins, et donc hors de ma connaissance.
Des déclics parmi d'autres, pour enfin dire STOP.
Et reprendre le contrôle.
J'en ai eu aussi assez de travailler sur mon temps libre car j'étais sollicitée pour régler des broutilles la journée, que l'on me rajoute des tâches à cause d'un manque d'organisation ou de respect des règles tout en disant de "faire attention à ne pas trop en faire et de me ménager" et donc ne jamais être employée proportionnellement à ce que je donnais ou étais réellement en mesure d'établir.
J'ai longtemps pensé que c'était parce que je n'éprouvais pas le besoin de me donner une " juste valeur ", puisque l'important était de remplir mon contrat au mieux.
J'ai pu y réfléchir et sortir enfin de ce cercle professionnel, mais ce qui fait maintenant écho est une information que m'avait donnée une représentante des RH en me disant que la cohésion d'équipe ne pouvait s'installer seulement lorsque l'on travaille de manière similaire.
Récalcitrante à l'idée car elle me paraissait peu tolérante, j'ai aujourd'hui compris ce message. Il est vrai que les personnes qui ont respecté les " bonnes pratiques " (ou considéré la valeur humaine des équipes) possédaient toutes une éthique et un état d'esprit semblables.
Il est vrai également que ce n'est que lorsque j'ai communiqué que je partais qu'il m'a été dit (et proposé) le type de postes que je pouvais réellement envisager...
Ainsi, après avoir parcouru le monde et diversifié les structures et les rencontres pour espérer un changement, m'être blâmée des années de n'attirer que cette répétition d’expériences, avoir pensé que j'étais folle, tenté par tous les moyens de me faire respecter en l'expliquant sur tous les tons, après la longue dépression qui a découlé de cette absence totale d'impact, avoir cherché toutes les infos pour remédier à ce sujet, et appliqué le principe du Miroir (reproduction des schémas de l'enfance, projection dans l'autre, manque de confiance en soi et sa valeur, loi de la polarité, etc., etc.), rien ne changeait.
La seule solution efficace fut d'accepter mon désarroi et la tristesse engendrée et de ne plus vouloir que l'autre dicte mon existence dans une spirale me tirant vers le bas, et donc de faire entrer des relations de qualité.
J'ai ainsi commencé à créer et délimiter mon propre bien-être. Ma vie à changé.
Et comme désormais mes ressentis ont pris le dessus sur mon mental, je ne peux de toute façon plus prendre sur moi ou me maîtriser comme avant, je n'arrive plus à supporter la moindre entrave à ma liberté, je le dis et je laisse aux autres la liberté de l'accepter ou non. Dans la plupart des cas, j'ai dû couper les ponts car mes demandes et ce besoin d'être respectée n'avaient pas été entendus.
Car, dans l'attente d'une société harmonieuse, on pourra vouloir se positionner au service des autres pour y répondre de la manière la plus adéquate possible. Mais si c'est en réalité pour pallier à ses propres besoins, on n'attirera principalement que des profiteurs et autres vampires énergétiques qui nous renverront cette image réductrice et rétrogradée de nous-mêmes, jusqu'à ce que l'on intègre pourquoi on interagit comme cela.
Professionnellement on m'a toujours placée, non pas pour créer ou m'exprimer à hauteur de mes possibilités comme je le disais, mais bien pour palier aux manques (et ma vie personnelle reflétait exactement la même chose).
Aux manques de... Moi-même.
Et lorsque ce type de profils revient vers moi, bien que je me sente coupable de n'avoir toujours pas de recette pour pondérer ces relations, cela m'apprend que j'ai encore un peu de réflexion à faire sur mon estime personnelle, et sur mon propre côté "control freak" évidemment.
Mais je me sens plus forte de ne plus les laisser s'imposer, et heureuse, comme si je m'offrais un petit bouquet de fleurs de Bienveillance à chaque limite posée.
Comme on le dit souvent, ce n'est pas contre ces personnes-ci, mais par amour et respect envers soi-même. Telles qu'elles le font d'ailleurs en fixant leurs propres besoins et priorités.
Exprimer ses limites permet également d'acter une prise de conscience partagée.
Car j'ai souvent confondu la notion de Pardon avec celle de " cautionnement ". Je ne souhaite plus cautionner ce qui ne me correspond pas. Je réévoluerais peut-être plus souplement par la suite dans d'autres sphères, mais pour le moment, j'en suis ici. Je n'impose pas ma vie ou mes façons de faire aux autres, je ne vois pas pourquoi je devrais satisfaire leurs attentes unilatéralement, j'ai été assez flexible et patiente et comme cela ne m'a apporté aucune plus-value. Je laisse donc maintenant faire la conscience, mais suis toujours prête à discuter avec ceux qui apprécient le dialogue et l'intérêt du travail sur soi.
